SHED




Installation Sonore Interactive et immersive – 2023
Dans l’intimité d’un écrin métallique et industriel rappelant le minerai brut de Marcassite, le public est invité à déformer les enregistrements des ouvriers à l’œuvre sur leurs machines à transformer le métal.
Dans cette mini usine sonore, abstraction du travail effectué sous les toits en shed des ateliers, les bruits bruts deviennent des paysages sonores rendant hommage à la richesse d’un savoir-faire ouvrier qui résonne et scintille au-delà des portes de l’usine.
Concept & Design: Matthieu Debliqui
Design Sonore & Composition : Matthieu Debliqui
Interactions: Matthieu Debliqui & Nicolas Delfosse
Prises Son: Antoine Boucherika & Nicolas Delfosse
Fabrication: Ateliers Ciuch, Bertrand Szymanski, Valery Fino (Condition Publique)
Commanditaire: Francis Ciuch
Photos: Julien Pitinome
Documentation Vidéo: LABO 148
Œuvre produite par La Condition Publique et Ciuch Industrie, dans le cadre du programme We Fab Art.
NOTE D’INTENTION:
Le Shed est probablement le symbole pictural et la forme architecturale la plus caractéristique de l’industrie. Une forme (un toit à deux pentes d’angles différents, en dent de scie), évocatrice de l’usine, qui a été pensée pour laisser pénétrer la lumière du soleil dans ces immenses bâtiments abritant des êtres humains au travail, ainsi que leurs machines. Je propose avec cette installation une sorte “d’anti shed”. Une source de lumière mais qui imagine l’usine comme un écrin à l’intérieur duquel la valeur des gestes des travailleurs scintille intimement mais fortement, suffisamment pour que son éclat soit apprécié de tous à l’extérieur, hors de l’usine, dans la société. Un shed émetteur, plus que récepteur de lumière.
Je souhaite, avec ce travail, mettre en avant la valeur de l’humain dans l’activité industrielle. Comment par ses gestes, alimentés par son expérience et son savoir, il transforme (ici le métal) pour créer de la matière informée et donner la possibilité d’une construction et d’une transformation du monde.
Cette gestuelle, associée aux machines qu’elle commande, produit un bruit cadencé par les poinçonnements, les perforations, les pliages, les soudures. Chaque bon geste produit le “bon son”, celui qui laisse transparaître, pour l’oreille experte des travailleurs, que le mouvement conjoint de l’homme et de la machine a été parfaitement exécuté.
Ces sonorités ont été captées sur le site de Ciuch à Tourcoing. Elles sont sculptées pour en dégager une composition musicale électroacoustique interactive, qui sera remise entre les mains du public, et notamment les personnes qui ont produit ces gestes, grâce à la conception d’une machine sonore interactive. Se produira ainsi une boucle de rétroaction, un cercle vertueux, entre ma démarche artistique, les arts sonores et le monde de l’industrie.
Il s’agira donc de la conception d’une cabine en forme de Shed, sorte de mini usine sonore intimiste à l’intérieur de laquelle les publics seront immergés et invités à piloter la pièce musicale grâce à un dispositif sonore numérique.
Pour illustrer la notion d’écrin évoquée précédemment et celle de la transformation de la matière, je me suis inspiré de la Marcassite. Ce gemme métallique brut que je ramasse lors de mes ballades sur la côte d’opale, et qui se trouve souvent sous la forme d’une boule métallique oxydée, usée et austère d’extérieur mais qui révèle un doré éclatant en son cœur, quand on la fend en deux. Une beauté révélée par la transformation et le geste.
Le principe du Moucharabieh, traditionnellement conçu pour préserver l’intimité et laisser passer la lumière afin de concevoir la porte d’entrée de cet écrin (ici fabriqué à partir de la récupération de chutes de métal perforées présentes chez Ciuch).
De l’extérieur le spectateur apercevra le scintillement des parois intérieures dorées qui l’inciteront à interagir. Les parois extérieures auront une finition métallique de type métal oxydé, toujours dans l’optique d’imiter la Marcassite. La personne installée à l’intérieur du dispositif aura donc l’opportunité de se laisser aller à la création sonore en pilotant la composition et ses instruments. Différentes techniques de restitution sonore (conduction osseuse, technologie haptique, …) sont employées pour rendre l’expérience à la fois intimiste et immersive, en permettant un quasi silence à l’extérieur malgré de fortes sensations vibratoire à l’intérieur. L’aspect sensoriel est mis au premier plan.
L’expérience se veut ouverte au plus grand nombre et sera accessible aux PMR.
Matthieu Debliqui